Individualisme et organicisme

Les Jedi représentent une structure intégrée, coopérative, solidaire, signifiée d’ailleurs par la relation Maître-apprenti qui “élève” le Padawan jusqu’au terme de son initiation.

C’est parce qu’ils sont solidaires d’ailleurs, qu’ils échappent ici à l’extermination (secours menés par Mace Windu, débarquement des Clones mené par Yoda).

Aussi, l’attitude d’Anakim se révèle-t-elle “contre-nature” pour un futur chevalier: refus de se plier aux règles, difficulté de s’intégrer dans une action commune, désobéissance, manque de fidélité, aussi.

Anakim est en constant conflit avec Obi Wan, dont il supporte mal la tutelle.
Ces défauts d'Anakim constituent, plus largement, les ferments de désagrégation de la structure de l’ordre Jedi. Nul doute que Lucas prépare, dans cet individualisme croissant des chevaliers (le comte Doku a succombé à la même tentation), les raisons de leur disparition.

Par ailleurs, la renaissance des Jedi passera, dans la seconde trilogie, par le rétablissement, entre Obi Wan et Luke, de l’harmonie, de l’accord fondateur du Maître et du Padawan, l’acceptation volontaire d’un lien de subordination, pour que réussisse l’initiation de ce dernier et la restauration de l’ordre.

Luke à l'écoute d'Obi Wan, qu'il ne cessera jamais de considérer comme un maître, tout comme Obi le fit lui-même pour Qui-Gon
Psychologiquement immature, Anakim est le jouet de ses passions, -orgueil, d’abord, mais aussi désir, desespoir, et colère.

Le premier lui fait remettre systématiquement en cause l’autorité d’Obi Wan et le côté judicieux de ses conseils, le fait échapper à sa tutelle pour agir seul, frôlant à chaque fois la catastrophe. Révélateur de la griserie du jeune Jedi devant ses propres dons, l’échappée en solitaire à la poursuite de l’agresseur d’Amidala, les discours qu’il tient à celle-ci, la fugue vers Tatooine.

Les exploits d'Anakim: "esbrouffe" et inefficacité
Anakim est jouet du désir, aussi: vis-à-vis d’Amidala, son attitude trahit davantage la passion que l’amour.

Son sentiment exclusif vise d’ailleurs à la possession, plutôt qu’au partage et au don.

Enfin, l’instable Padawan se révèle aussi la proie du désespoir et d’une colère meurtrière: la faute irrémédiable d’Anakim est signifiée par l’extermination des habitants d’un village, femmes, enfants et animaux mêlés.
La scène qui voit s’entre-déchirer deux monstres à l’entrée du campement est emblématique de la société qui vit là: d’un individualisme féroce, incapable de concevoir des rapports sur d’autres bases que la violence. Au lieu de porter en ce lieu les principes chers aux Jedi, maîtrise de soi et non-violence, Anakim se révèle là fauve parmis les fauves, et tombe au rang des meurtriers de sa mère.

C'est aux côtés de Padmé qu'il laisse cours à son désespoir, à sa rancoeur, mais aussi qu'il révèle par ses larmes la conscience de sa faute.

Orgueilleux, Anakim ne perçoit l'autorité que comme une contrainte. Il ne se considère pas comme membre d'un ordre, d'un groupe, d'une collectivité, mais comme un individu, supérieur à son maître et au delà des règles. On voit poindre d'ailleurs dans l'épisode la tentation par Palpatine, qui salue en lui l'individualité d'exception.

-L'orgueil est le péché capital de cet adolescent pétri de dons.