Mettons les choses au clair. J'aime Star Wars. Tous les Star Wars, y compris La Menace fantôme. J'ai pris énormément de plaisir à les voir, à me documenter à leur sujet -autant que j'en prends aujourd'hui à me pencher sur eux de façon un peu plus approfondie, et à mettre par écrit ces quelques réflexions. Je pense que George Lucas a produit là une oeuvre sur plus d'un point remarquable, novatrice technologiquement parlant, mais aussi et surtout, extrêmement riche sur le plan de la signification et du langage iconographique. Ceci dit, je ne suis pas une " fan " inconditionnelle, et je pense qu'il faut garder mesure entre le dithyrambe et les critiques assassines. " It's just a movie ", rappelait récemment l'auteur. Mais que précisément ce film, ou cette série de films, suscite autant de réactions contradictoires, et d'une telle virulence, ne peut qu'interpeller.
Pour ma part, je pense que les prises de position radicales pour ou contre Star Wars tiennent moins à l'oeuvre elle-même (quelle que soit sa valeur) qu'à sa représentation complexe dans l'imaginaire des gens. Depuis longtemps, les mots, mythe, mythique, accolés à l'univers de G.Lucas font figure de lieux communs. On ne compte plus les livres, articles, publications internet, groupe de news même consacrés à ce thème. L'exposition du Smithsonian Institute, qui itinère pour le moment à travers les Etat-Unis, appuie encore le concept, et lui donne statut d'évidence.
Une évidence pourtant non consensuelle: faut-il rappeler ici que le mot a plusieurs sens?
a) Récit fabuleux
Le mythe, c'est d'abord, un récit fabuleux, souvent d'origine populaire, qui met en scène des êtres incarnant sous une forme symbolique des forces de la nature, des aspects de la condition humaine ». La définition est loin d'être parfaite, (j'y reviendrai d'ailleurs plus loin), mais elle nous suffira dans cette introduction. Ainsi formulée, elle apparente Star Wars aux fables, aux légendes, aux grands récits de la tradition -bref, elle l'inscrit dans une lignée qui va de l'Iliade à la Quête du Graal en passant par Gilgamesh d'Uruk, et bien d'autres. De fait, des intellectuels de tout poil se sont emparés de l'oeuvre pour l'analyser selon les catégories traditionnelles, et lui reconnaître ce statut envié de " mythe des temps modernes ". Parfois avec pertinence, parfois avec un zèle qui dépasse la pensée de l'auteur. Mais il reste que cette transposition de thèmes immémoriaux sous une forme et dans un langage nouveaux était l'un des objectifs initiaux de G.Lucas, et une des justifications explicites du contenu et de la forme de sa création.
b) Image simplifiée
Le mythe, encore, c'est une " image simplifiée, souvent illusoire, que des groupes humains élaborent ou acceptent au sujet d'un individu ou d'un fait et qui joue un rôle déterminant dans leur comportement ou leur appréciation ". Et de fait, fans de Star Wars ou détracteurs contribuent de concert au processus de "mythification" de l'oeuvre de G.Lucas. On y a vu, tout à tour, une métaphysique, une anthropologie, une analyse sociologique, une théologie, la défense d'un système politique, voire même, dernièrement, une critique raciste... Quelle que soit leur pertinence, ces strates d'interprétations viennent se surajouter à l'oeuvre, -et, sans doute, la dénaturent plus souvent qu'elles ne l'approfondissent. Elles deviennent elles-mêmes des composantes " mythifiantes ".
c) Construction de l'esprit
Enfin, le mythe, c'est aussi une " pure construction de l'esprit ", quelque chose qui n'existe pas. Plus d'un critique s'interroge, avec un zeste de provocation, sur la réalité du " phénomène Star Wars ". Du moins, vu d'Europe -et probablement du reste du globe. Car, si l'on écarte le battage publicitaire, le merchandising à tout crin, les gadgets trônant sur les plateaux de fast-food ou égarés au fond des paquets de corn-flakes, que reste-t-il, en définitive? Star Wars a-t-il réellement marqué la culture contemporaine? Plus restrictivement la culture contemporaine occidentale? -voire même, tout simplement, la culture contemporaine nord-américaine? La question mérite d'être posée....
Bref, on le voit, qualifier l'oeuvre de Lucas de " mythique " peut recouvrir des sens bien différents. Le plus singulier reste sans doute que ces significations sont peut-être simultanément valides! C'est du moins ce que je tenterai de montrer au fil des prochaines pages.
Certes, il y a une anthropologie propre à Star Wars -et d'ailleurs on peut retracer l'évolution de celle-ci, D'un nouvel espoir à La Menace fantôme. Le rapport à l'homme (soi-même, ou l'autre), au monde, à la machine sont des thèmes récurrents chez Lucas, et intelligemment traités. Il peut être amusant, intellectuellement parlant, de " pister " ces traces, de les relever, de les analyser. Pourquoi pas?
Mais, partant de Star Wars, je vois un rapport autrement intéressant à l'anthropologie. La façon dont nous regardons l'oeuvre révèle ce que nous sommes. Individuellement, d'abord, mais aussi collectivement. Je peux être sensible aux références philosophiques de l'oeuvre (il y en a!), là où tel ingénieur ne voit qu'une géniale métaphore sur le progrès technologique. Mais plus largement, le Japonais ne voit pas la même chose, ne comprend pas la même chose que le Belge ou l'Américain, le catholique que le musulman ou le juif. Les critiques, analyses, prises de parti ou simples opinions m'apprennent moins en définitive sur le film que sur ceux qui l'ont regardé, leur vision et appréhension du monde. Et cela peut se révéler tout à fait passionnant...
Voilà, esquissé à grand traits, ce que sera mon propos.
Intéressé? Passez à la suite! Pour ma part, je reste à votre écoute: il y a ici un livre d'or,
et une adresse mail où me contacter...